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Logo de L'Express.frL'Express.fr - Christine Ferniot - septembre 2010

Michel Quint et les faux héros

À partir d'archives, un patron de bar va découvrir tout un monde parallèle et remettre la vérité à sa place.
"Et rien n'est fini." En achevant son livre sur cette phrase, Michel Quint résume l'éternel tourbillon de l'histoire, la fin d'une guerre et le début d'une autre, la mort d'un innocent et la fuite d'un coupable. "On arpente un présent miné de passé" écrit-il un peu plus haut, reprenant l'un de ses thèmes obsessionnels depuis Billard à l'étage (1991) ou Effroyables jardins (2000). Tandis que le monde tourne plus ou moins rond, les héros de son nouveau roman se retrouvent au Dominus, un café du Nord où la bière coule aussi régulièrement que le sang dans les veines.
À bien y réfléchir, Michel Quint a toujours aimé les bistrots: il sait qu'on y refait la société mieux que n'importe où ailleurs, qu'on y rencontre des hommes et des femmes réunis par hasard et qui finissent par échanger des phrases, des sentiments. Dom, le patron du Dominus, vient d'acheter la maison d'un photographe, Rop Claassens, mort lors d'une prise d'otages dans un lycée lillois. Avec Laura, sa nouvelle serveuse, Dom découvre les archives de ce professionnel-collectionneur, et un monde incroyable lui saute aux yeux: la bande à Bonnot au temps de l'anarchisme, mais aussi les SS wallons de Léon Degrelle, la grande histoire et la petite, la chute du mur de Berlin et les regards perdus des condamnés à mort.
Ce livre est une mise en garde, un poème glaçant sur les faux héros et les vrais salauds qui, pour un peu de confort, dénoncent leurs meilleurs voisins. Il ne s'agit pas seulement de regarder en arrière, nous dit Michel Quint, mais aussi sur les côtés et garder l'oeil vif pour que demain ne soit pas pire qu'hier. L'auteur n'a pas vraiment confiance dans le genre humain mais il lui donne une dernière chance en inventant de grandes histoires passionnelles avec des femmes un peu trop belles.
Au Dominus, on s'aime, on s'embrasse et on ose même s'offrir un final de théâtre avec l'apparition de tous les protagonistes pour une réconciliation collective. Un peu d'idéalisme ne fait jamais de mal, mais quand il s'agit de choisir sa bière, l'heure est grave. Ce soir, ce sera une Doreleï, sans faux col. Une bière d'homme. Ou alors une Jupiter, sans esbroufe.