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Logo la Voix du NordLa Voix du Nord - Jean-Marie Duhamel - 30 septembre 2010

Michel Quint mène l'enquête "avec des mains cruelles".

Rop Claassens, personnage clé du roman de Michel Quint, est photographe à La Voix du Nord à Lille. En fouillant dans son passé, le jeune patron du bar Dominus Bier (qui pourrait être feu le Bar de l'Echo!) noue les fils d'un passé ou l'on croise la bande à Bonnot, Léon Degrelle et les sbires de la Waffen SS belge, la RDA d'avant la chute du Mur. Un jeu de piste étrange et mélancolique où l'inspecteur Quint mène l'enquête.
PAR JEAN-MARIE DUHAMEL

Les mains coupées qui donnent son titre au nouveau roman de Michel Quint existent bien, ce sont celles de Raymond Callemin, dit Raymond la Science, membre de la bande à Bonnot guillotiné en 1913. Elles sont conservées à l'institut médico-légal de Lille. "Des mains comme l'idée du mal, il n'y a plus de mains innocentes, plutôt des mains avec lesquelles on sculpte le mal, qui posent la question de la cruauté, de la violence, de la guerre" explique Michel Quint.
Le livre - une partie tout au moins - est certes ancré dans le Lille d'aujourd'hui - la Grand-place, la Voix du Nord -, l'un des personnages en est ce reporter photographe: certes, l'auteur ne déteste pas cette ville, "nombril du monde!" ne craint-il pas de répéter. Lille comme carrefour du nord de l'Europe, où se croisent les multiples strates chronologiques qui se déplient au fil des pages, avec Londres, Bruxelles, Berlin, la bande à Bonnot dans les années 1910, Léon Degrelle et les nazis belges, l'après-guerre et ses troubles réminiscences, ces criminels de guerre paisiblement et discrètement installés (à Lille), la chute du Mur de Berlin en 1989.
"Mon fil continu? Sans doute la photo que pratique Rop Claessens, la photo dont on a pu dire longtemps qu'elle est forcément authentique - comme on disait autrefois d'un fait qu'il était vrai parce que c'était dans le journal -, mais on sait aujourd'hui que ce n'est pas si simple".
Derrière ces strates qu'il empile et ces changements d'époque avec lesquels il joue, le romancier avance comme sur une enquête policière - retour aux premières amours -, comme sur un "chemin des objets".
Histoires d'amour croisées, perdues, enfant égaré, retrouvé, et une interrogation centrale: "Comment dire la violence?"
Passionné d'histoire autant que romancier passionnant, Michel Quint assure que tout ce qu'il raconte dans le livre est vrai, sauf ce qu'il a sorti de son chapeau de romancier évidemment! Un Michel Quint, comme le narrateur, qui adore les parts d'ombre, omniprésentes dans ses ouvrages, on pense notamment à Une ombre sans doute et surtout, Max sur Jean Moulin. Des ombres qu'il traque au fil d'une écriture composée comme une petite musique pas très éloignée de Modiano. Et de citer Michel Foucault "Les mots ne sont que l'ombre des choses".
Avec des mains cruelles, l'un des titres de cette rentrée littéraire, sera prochainement suivi de plusieurs ouvrages signés Michel Quint (un conte fantastique avec des illustrations de Jean Pattou et un roman policier notamment).
Michel Quint, qu'on peut aussi retrouver chroniqueur littéraire sur Weo (le mardi) et sur son site (michelquint.net).
Éditions Joëlle Losfeld.