Accueil Médias JEROME ENEZ-VRIAD - 12 juillet 2012

Logo du site de Jérôme Enez VriadJEROME ENEZ-VRIAD - 12 juillet 2012

 


Site de Jérôme Enez Vriad

LES AMANTS DE FRANCFORT

L’on imagine de certains auteurs qu’ils sont comme le Moët et Chandon: d’une qualité égale et irréprochable à chaque cru. Est-ce le cas de Michel Quint ? On pourrait effectivement le croire à condition de n’avoir jamais goûté au Dom Pérignon. Car Les amants de Francfort sont un des millésimes magistraux de l’auteur d’Effroyables Jardin, bien au delà d’un vulgaire champagne de supermarché, si délicieux soit-il.

Les amants de Francfort - Michel Quint - EDitions Héloise d'Ormesson

D’abord le décor dont le berlinois que je suis était curieux d’observer ce qu’un lillois (Michel Quint) pouvait faire en projetant son histoire entre la France et l’Allemagne, entre Paris et Berlin, entre le souvenir d’hier et les vérités d’aujourd’hui. Je craignais un vague survol de part et d’autre les rives du Rhin au bénéfice d’un amour fluet comme il en existe des centaines chez tous les libraires. C’était oublier le talent de l’auteur qui, au moment du choix entre avion et voiture pour rallier Paris à Berlin, fait dire ceci à son narrateur:
«On pourrait prendre un avion puis un autre, non, j’ai décidé l’autoroute allemande, première expérience, ensuite si je peux, au moins entre Berlin et Munich, plonger dans le pays, le sentir sous la paume, l’écouter, regarder ce territoire à légendes, ces terres noires, fertiles, le sombre des forêts, le blanc des bouleaux, traverser les villages lents surveillés par des burgs perchés, oser, à mon âge et sans acrimonie, entrer dans la maison immense d’un ogre qui regrette les enfants autrefois dévorés.» (page 137)

Fond et forme, le propos est intouchable. Remarquable. La phrase, doublement belle par sa longueur, véritable spirale de plaisir, s’enroule comme les bulles d’un excellent champagne en interminable remontée impossible à lâcher des yeux. Lisons ensemble à nouveau, page 140:
«Dans le hall serré, rouge et or, la jeune réceptionniste, Susanna, en gilet noir et chemise blanche, blonde, disons blonde, visage niais, plat, de boxeuse faire-valoir, zyeute la pelisse mauve de Zina, ma carte bleue, hop une empreinte, deux fiches à remplir, elle nous donne une clef et nous oublie déjà.»

Des descriptions comme celle-ci, aussi juste qu’une ciselure d’ébéniste, chaque page en est couverte. Le problème avec MIchel Quint, c’est qu’on y prend un tel plaisir qu’il est parfois indispensable pour le faire durer de ralentir sa lecture. Et si à un style unique vous ajoutez une intrigue proche d’un scénario hitchcockien, une ambiance floue mais infiniment tactile tellement la présence des absents vous submerge, si vous ajoutez le talent de l’histoire à celui des mots, on comprend pourquoi certains livres ne doivent jamais se prêter. Non. Définitivement pas. Ils s’achètent afin de prendre place dans nos bibliothèques comme un petit bijou précieux.
Les Amants de Francfort de Michel Quint chez Héloïse d’Ormesson. 234 pages -18€