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Logo du magazine littéraire Le magazine littéraire - Pierre-Edouard Peillon - Avril 2013

Michel Quint, Lille noire

Comme dans un fameux soupir baudelairien, mais cette fois-ci inversé, En dépit des étoiles laisse entendre que le coeur d'un mortel change plus vite, hélas! que la forme d'une ville. Cette différence rythmique, Michel Quint l'inscrit au coeur de son nouveau roman, dans lequel Jules, le narrateur, multiplie les allers-retours dans une métropole lilloise qui, bien qu'elle exhale une impression d'effervescence, couve un certain statisme puisque chaque lieu semble cloisonné géographiquement: l'agence immobilière familiale, l'In Quarto pour boire des coups, le Loveless Night pour passer les soirées, et l'appartement juste pour dormir. Mais surtout l'inversion de la lamentation romantique marque un divorce - et tout le livre ne sera finalement qu'une histoire de séparations, un bouquet de ruptures que Jules pourra offrir à son amour naissant.



Le corps de Sébastien Arnoux, future etoile du LOSC (le club de football de Lille), est repêché dans la Deûle. La police pense a un accident, la population fantasme et glose, Jules, lui, joue les apprentis détectives pour les beaux yeux de Lisa, la soeur du footballeur. Entre ces deux-la, ce n'est pas exactement le coup de foudre, mais la scène de leur rencontre marque le début d'une bluette infusée dans un roman noir. Ce contraste chromatique est surtout servi par un faisceau de coïncidences: plusieurs éléments dans les dernières heures de la vie de Sébastien ont un lien avec la vie de Jules et, dès lors, l'enquête du narrateur l'amène à une série de confrontations qui scellent la fin d'une époque de sa vie et font place à ses sentiments pour Lisa. À un moment, Jules et Lisa cherchent des indices sur un site pornographique lorsqu'un bandeau publicitaire surgit, masquant le sexe de la femme pour étaler une macédoine de marchandises à saisir, «voiture, poêle à frire, micro-ondes, assurances...»
Indécence comique, maîs aussi image emblématique de l'ensemble du roman, qui superpose les genres et qui, sous une impression de linéarité assez classique (imposée par le versant whodunnit du récit), avance en slalomant entre les digressions.

Assez fin observateur, Jules recueille ces propos de comptoirs qui germent sur le fait divers («toute disparition est une cosmogonie»).
L'abondance des avis - toute cette «philo d opérette» - et des attitudes concernées - «on patauge dans le mélo» - finit par former un bloc dont le narrateur s'extrait: «Paradoxalement cette ville connue par coeur, ses habitants m'en deviennent étrangers.» Très resserrée, l'écriture de Michel Quint cherche, elle aussi, à marquer une distance avec son sujet. Ou plutôt, pour mieux l'approcher, l'auteur se prémunit contre les envolées lyriques en parsemant son texte de virgules, ainsi employées comme des écluses. Car, «en dépit des étoiles» et de leur beauté, c'est bien ici-bas que les crimes sont commis.