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Logo du FigaroLe Figaro (Bruno Corty) - Novembre 2013

La veuve noire de Michel Quint mène l'enquête

Un bon polar dans le Montparnasse d'après guerre.

Michel Quint aime les mots. Depuis Le Testament inavouable, en 1984, ce professeur de lettres, comédien et metteur en scène à Lille, a publié trente-neuf ouvrages chez différents éditeurs, le plus célèbre étant Effroyables jardins, en 2000 chez Joëlle Losfeld. Le livre, traduit dans vingt-cinq langues, adapté au cinéma et au théâtre, fut vendu à près d'un million d'exemplaires.

 

 

Photo de Michel Quint paru dans Le Figaro

Parmi les nombreuses qualités de cet écrivain qui est bien plus qu'un auteur de polar, on souligne toujours son sens de l'atmosphère qui le ramène invariablement du côté de chez Simenon. Il y a pire cousinage… Aujourd'hui, Quint met son grand talent de raconteur d'histoire au service d'une intrigue parisienne. C'est l'après-guerre. Avec ce bonheur immense d'avoir triomphé du Boche, mais aussi avec son cortège de misère, de gueules cassées, de femmes seules, d'enfants sans père.

Pour Léonie Rivière, trente ans, la victoire sonne creux. Elle n'a plus de nouvelles de son mari depuis des mois. Il n'est pas mort mais pas vivant non plus. Porté disparu, comme beaucoup, au Chemin des Dames, au printemps de 1917. Veuve de guerre, Léonie refuse pourtant de se laisser aller à son malheur. La jeune femme est bien décidée à faire son trou. Pigiste pour quelques journaux sous le nom de Lys de Pessac, elle ne rate aucune occasion de chroniquer la vie artistique.

Aux obsèques d'Apollinaire, elle croise le «petit Cocteau, mince, ascétique», Cendrars, ­Picasso, Ungaretti, Satie et un certain Breton, «poète qui n'a encore rien publié». Et puis un jour, elle rencontre Edgar, un homme dont le charme ne la laisse pas indifférente.

Arnaques et destins absurdes

Ce curieux personnage, intense, toujours armé d'un poignard à lame recourbée, dit avoir été, avant guerre, chef de rang au bal Bullier, avenue de l'Observatoire.

Aujourd'hui, il se veut marchand d'art et profiterait bien de l'appartement de Léonie pour entreposer ses acquisitions, toiles, sculptures, que son modeste logis ne peut plus absorber. Léonie, amoureuse, y consent.

Son temps est désormais bien occupé. Quand elle n'est pas dans les bras d'Edgar, elle assiste, au Casino de Paris, à la revue de Mistinguett ou à l'inauguration du Max Linder. Elle interroge André Breton alors qu'il lance avec Philippe Soupault et Aragon, toujours en Allemagne, la revue Le Nouveau Monde. On la voit aussi à Giverny chez Claude Monet. La plupart du temps, elle est accompagnée d'un jeune garçon répondant au nom de Rameau, dont les photographies illustrent les pages de L'Excelsior et d'autres parutions. Lui est revenu du front les poumons attaqués par les gaz mais il s'en tire plutôt bien.

C'est avec ce timide qui n'aime pas Edgar et qui s'éprend d'elle que Léonie entreprend également une enquête sur ces veuves de guerre victimes d'agences matrimoniales peu regardantes sur les moyens d'attirer les âmes en peine. C'est là que son histoire avec Edgar va prendre un tournant pour le moins délicat.

Michel Quint nous régale avec cette chronique d'un Paris en pleine effervescence artistique, où tout semble possible, y compris les plus belles arnaques.

Et puis, en toile de fond, il y a ces pauvres gars, dont le mari de Léonie, tombés au champ d'horreur et dont le romancier, en quinze pages remarquables, raconte le destin absurde. En suivant Léonie dans sa quête de vérité, on ne peut pas ne pas songer à l'héroïne de Sébastien Japrisot dans Un long dimanche de fiançailles qui mettait tout en œuvre pour retrouver son bien-aimé. Michel Quint est dans ce registre. Là encore, ce n'est pas un mince compliment.