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Logo Le DevoirLe Devoir (Catherine Lalonde) - Janvier 2015

Vitrine du livre
J'existe à peine, Michel Quint

Un bon polar dans le Montparnasse d'après guerre.

Couverture du livre J'existe à peine - Éditions Héloïse d'Ormesson L’univers des forains hante l’imaginaire de Michel Quint. L’auteur, connu pour ses romans noirs, tâte régulièrement d’autres genres. On trouvait dans sa merveilleuse novella Effroyables jardins (Joëlle Losfeld, 2000) des clowns faisant plus que survivre à l’horreur de la Seconde Guerre, et se liant malgré leurs allégeances. Un cascadeur à moto sévissant dans les foires traversait Cake-walk (Joëlle Losfeld, 2001). Cette fois, voici Alexandre: ce transformiste-caméléon, adepte de Fregoli et de tous les travestismes, oeuvre sur les places publiques à remettre en scène des faits divers, souvent sordides, qui ont frappé l’imaginaire. Artiste mineur au grand talent, il retourne, à la suite d’une grave malchance professionnelle, au village de son enfance.
La langue de Michel Quint est encore ici une force; son rythme, sa crudité, l’utilisation des patois composent une belle musique, rebondissante. D’abord récit d’un retour aux sources, la trame est augmentée de l’histoire d’une région et d’amours doubles, avant de pécher dans le dernier quart par trop d’explosions dramatiques. Retrouvailles avec la mère biologique; dévoilement des malheurs d’enfance, si épouvantables qu’Aurore l’enfant martyre semble presque bénie; mort tragique de la nouvelle aimée, etc. Si le zoom sur une vie artistique hors norme expose un monde fascinant, trop, c’est trop, et nous voilà, lecteur charmé des premières pages, dégoulinant sous le pathos des dernières.