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Logo La Voix du NordLa Voix du Nord (Jean-Marie Duhamel) - Janvier 2015

Michel Quint: aux marges de la métropole, «le livre des contrées oubliées»

Dans son dernier roman, Michel Quint met en scène un forain revenu sur les pas de son enfance entre Roubaix et Wattrelos. Au-delà du destin des personnages, «J’existe à peine» évoque la fin du monde ouvrier.

Photo CHRISTOPHE LEFEBVRE

Les romans de Michel Quint ont souvent pour cadre la région. Le romancier serait-il aussi géographe et historien?

«Je pars souvent d’un paysage: ici, les franges de la métropole lilloise où je vis, tout particulièrement Roubaix, Wattrelos, à différents moments du passé, figés dans ce passé textile qui n’est plus. J’aime que les choses soient vérifiables – La Lainière, entre Roubaix et Wattrelos, reste aujourd’hui un bâtiment dont personne ne sait vraiment ce qu’on peut en faire – mais je n’ai pas la dimension photo. Je me méfie de l’obsession du bouton de guêtre, histoire qu’on ne vienne pas me dire que j’écris que le panneau était rouge alors qu’il était bleu! Tout cela relève d’une construction mentale: je ne suis pas un photographe du réel.»



Alexandre le héros, d’ailleurs entouré de jolis personnages féminins, résumerait la métropole?

«Il serait la partie pour le tout. Comme son modèle, le transformiste italien Frégoli (mort en 1936) serait la métaphore de l’homme moderne – un peu comme Johnny Hallyday – il a été tout. Mais Alexandre ne cesse de fuir son passé, ces villes, Roubaix, Wattrelos, qui l’ont vu grandir et où il revient un peu malgré lui.»

Cette reconstitution de la visite de la reine d’Angleterre à la Lainière?

«La fin du monde ouvrier, autour d’une série de questions: que reste-t-il de nos splendeurs?
Qu’est devenue cette métropole autrefois si riche grâce au textile? Que sont devenus ces ouvriers qui, à l’époque, dans les années cinquante-soixante pouvaient encore se prendre pour des aristocrates à chapeau? Comment garder sa dignité quand on est chômeur? C’est la gageure du romancier: passer de l’intime au politique, du particulier à l’universel? Les recettes du romancier relèvent parfois de son propre vécu: mes parents connaissaient le concierge de la Lainière, un ancien adjudant-chef de la gendarmerie de Leforest, là où nous habitions, et j’ai également bien connu, par liens familiaux, un médecin de la Lainière qui m’a souvent parlé des odeurs si caractéristiques qui y régnaient.»

Les masques tombent à la fin du livre et l’épilogue amène le crash du Constellation qui portait Marcel Cerdan et Ginette Neveu...

«C’est un peu une apocalypse, un dieu se venge. Quant à l’affaire du Constellation, je la porte en moi depuis longtemps. Cette rentrée littéraire, c’est Adrien Bosc qui s’en est emparé avec talent! Là aussi, c’est une forme d’apocalypse, la fin d’un monde.»

Le prochain livre?

«Il est en cours, j’ai déjà la deuxième phrase.»