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Effroyables Jardins (Joëlle Losfeld)Effroyables Jardins

Joelle Losfeld 2000

Traduit en 25 langues, vendu en France à plus d’un million d’exemplaires. Prix Cinéroman. Prix Jean-Claude Izzo. Prix des lycéens de l’académie de Poitiers. Prix de la Société des Gens de lettres. Prix de la Société des Sciences de Lille. Adapté au cinéma par Jean Becker (2003). Une dizaine d'adaptations au théâtre, dont celles de Gérard Gelas, celle de Gilles Defacque, des Matapeste, d’André Salzet

Au narrateur qui se plaint, depuis sa plus tendre enfance, d'avoir pour père un instituteur qui traque toutes les occasions de s'exhiber en Auguste amateur, un cousin explique un soir le pourquoi des fêlures familiales.
Fin 42, début 43... L'adolescent découvre alors une tout autre figure paternelle, celle du résistant.
À l'occasion du procès de Maurice Papon, l'homme décide de rendre hommage à ce père qui n'a jamais perdu la mémoire, afin d'essayer "d'être de tous ceux-là dont les rires ont fini dans des forêts de hêtres, des taillis de bouleaux, là-bas, vers l'aube (...)".
Roman de taille réduite, roman minimal, Effroyables jardins a été conçu avec l'ambition de dépasser l'anecdote. Exercice d'écriture peu ordinaire, ce récit bouleversant est un chef-d'œuvre de concision, d'intelligence et d'humanité.



Effroyables Jardins (Gallimard - Folio)Gallimard Folio (février 2004)

Quelle est la différence entre un clown et un assassin ? Tous deux sont des personnages-clés des romans de Michel Quint. Mais, alors que le dernier traverse tous les romans policiers de l'écrivain, le premier n'apparaît que dans le petit phénomène qui lui sert de dernier roman : Effroyables jardins. Curieuse petite prose en vérité que ces soixante pages à peine, véritable coqueluche des critiques de tous bords, depuis sa parution!

Mais que signifie à la fin le nez rouge, comme abandonné, oublié sur la couverture ? Il est d'abord l'absence, ou le dévoilement trop tardif d'un père dont il a connu l'histoire trop tard, trop tard pour découvrir quel héros était ce père, ce qui lui aurait évité les sarcasmes méprisants du "morveux" qu'il était alors. Du mépris, il en avait aussi, et à revendre, pour l'oncle Gaston et la Nicole, sa petite femme potelée. Mais voilà qu'un jour, tous sur leur trente et un, ils sont allés ensemble au cinéma, comme on va à la messe. Et dans le générique, un nom allemand est apparu, et tous ont été parcourus par un frisson que l'auteur, adolescent, ne pouvait pas comprendre. Pas encore. Il a fallu attendre la fin du film, et que Gaston s'installe devant une bière, au café d'en face, pour lui rapporter toute l'histoire. Celle qui a fait de son père, d'un simple instituteur qui faisait aussi le clown le dimanche, pour arrondir (tous) les mois difficiles, un résistant. Un résistant - avec son nez rouge - à toutes les indignités de la guerre et à toutes les mascarades, à toutes les pitoyables pitreries d'après-guerre, où les accusés finissent par apparaître comme les véritables augustes aux cheveux rouges. Ce livre vous happe, et derrière les "effroyables jardins", on en découvre d'autres, incroyablement soignés et beaux comme des paradis, où l'on peut continuer, dignement, à "être des hommes".
Laure Anciel

Un clown qui assiste sans manifestation aucune au procès Papon, un petit garçon terrorisé par le moindre bout de nez rouge ou par une perruque de même couleur… c'est le point de départ d'une histoire de mémoire. De celles qui nécessitent du temps pour pouvoir être énoncées et partagées. De celles qui partent d'une expérience individuelle pour parler d'une réalité collective.
"Que je te dise : la Résistance, on s'y est mis, les autres je sais pas, en tous cas au début… Comme si on serait allés au bal…" avoue Gaston au petit garçon. Le Gaston, c'est le cousin du papa ; et le papa, c'est celui qui terrorise son fils a vouloir jouer l'Auguste à tout bout de champ. Arrive le jour où le fils doit être "affranchi" et de l'origine et du sens de cet accoutrement que le père revêt sans talent mais avec un bonheur non dissimulé. Cette pitrerie : un acte de mémoire, un acte de déférence. Et le Gaston de raconter l'apprentissage de la Résistance, la capture, l'Allemand philosophe… A peine soixante pages et les vies sont rajustées, humblement, à leurs vécus.
Effroyables jardins laisse pantois, presque abasourdi de cette justesse si sobre. La langue de Michel Quint, mélange de pudeur et d'audace, joue sur une partition chaloupée pourtant sans anicroche. L'auteur détourne le drame et invite au sourire au moment où certainement le cœur n'y serait pas. Mais voilà, le récit l'emporte avec son bagou et sa simplicité.
Sylvaine Jeminet Urbuz.com

Effroyables Jardins (Pocket jeunesse))Pocket collection Pocket jeunesse , numéro 11099 (février 2004)